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"Tout commença quand tu as changé de lieu de travail. Tu as fait carrière dans une grande entreprise automobile mais au bout de quinze ans, il y a eu de nombreux bouleversements et tu as dû être mutée à Paris sinon tu risquais de perdre ton travail. Je vivais déjà avec toi. Nous nous sommes rencontrés un après-midi dans un café comme celui-ci et ça a été le coup de foudre. Nous ne nous sommes plus jamais quittés malgré le fait que tes parents ne m'ont jamais vraiment aimé..."

L'homme s'arrêta un instant afin de boire une gorgée de son café sans quitter la jeune femme des yeux.

"Pourquoi ne vous apprécient-ils pas ? demanda la jeune femme.

- Pour être honnête, je n'en sais rien. J'ai toujours essayé de leur faire bonne impression et je te rendais heureuse... Malgré cela, ils n'ont jamais approuvé notre relation et encore moins notre mariage ; mais nous nous en fichions car nous étions heureux.

- Et donc nous n'avons jamais eu d'enfants ? redemanda-t-elle.

- Eh bien... tu en parlais de temps à autre donc nous avions décidé de franchir le pas mais... après cinq mois, tu as malheureusement perdu cet enfant."

Un silence pesant venait de s'installer entre eux. La femme semblait triste. Elle ne se souvenait pas de son ancienne vie ni de cet enfant mais le fait de savoir qu'elle l'avait perdu la rendit triste. Elle balaya la pièce du regard, remarqua des miettes sur le sol, des sièges sales, de minuscules points noirs présents dans des bocaux de pâtes non cuites. Il s'agissait sûrement de charançons.

"Ça va ? s'inquiéta-t-il ?

- Oui, je réfléchissais. Que s'est-il passé ensuite? Qu'est-ce qui a bien pu provoquer ça ?

- D'après les docteurs, peut-être un choc ou un fort moment de stress, mais nous n'avons jamais vraiment su pourquoi. Ça nous a beaucoup affectés, tu es restée un moment repliée sur toi-même. Tes parents n'ont pas hésité à dire que c'était de ma faute. Mais pour te faire remonter la pente et te prouver mon amour pour toi, je t'ai demandée en mariage et heureusement pour moi, tu as accepté, dit-il en laissant apparaître un léger sourire."

Candice ne se souvenait pas de cet homme, ce prénommé Nathan, mais elle avait envie de le croire sincère et sa présence l'apaisait. Elle se sentait bien avec lui, malgré ce qu'elle laissait paraître :

"Vous dites que l'on m'a mutée à Paris, mais pourquoi m'avez-vous suivie si facilement ?

- Je suis écrivain, je n'avais pas d'attaches, ni de famille... excepté toi.

- Qu'écrivez-vous ?

- Des romans romantiques, on me surnomme même le roi du sentimentalisme.

- Pourquoi ai-je perdu la mémoire et pourquoi mes parents ne m'ont-ils pas cherchée ?

- De retour au travail quelques temps après notre nuit de noces, tu m'avais informé de ton mal être sur ton lieux de travail à cause de certains de tes collègues. Je n'avais pas saisis la gravité de ton mal être, puis un jour tu t'es enfuie sans laisser de mot. Dernièrement, j'ai appris qu'une jeune femme avait fait une grave chute dans un escalier ce jour-là. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai tout de suite pensé à toi et je me suis lancé à ta recherche. C'était il y a deux ans. Quant à tes parents, il faut croire qu'ils ne sont pas si inquiets que ça, ils n'ont pas voulu m'aider.

- Je ne me souviens de rien... je veux les rencontrer, dit-elle.

- Pourquoi ? Ils ne t'ont pas cherchée, ils s'en fichent de toi. Moi je n'ai jamais cessé de te chercher.

- Je veux tout de même les rencontrer...ce sont quand même mes parents."

L'homme la fixait mais cette fois-ci avec un visage fermé, il semblait agacé, puis il reprit :

"Écoute, j'habite à côté d'ici maintenant viens chez moi, j'ai un album photo de notre vie à deux. Tu pourras voir que je ne te mens pas et à l'occasion, je t'emmènerai voir tes parents, ils habitent assez loin..."

Candice sembla hésiter un instant puis elle dit :

"C'est d'accord...mais je ne resterai pas longtemps.

-Très bien mais à partir de maintenant, arrête de me vouvoyer et appelle-moi Nathan."

Ils se levèrent et Nathan paya les deux cafés. Un enfant jouait avec des voitures miniatures dans un coin de la salle, laissant apparaître ses quenottes. Ils sortirent du café et se mirent en marche. Candice avait jeté aux oubliettes l'idée de s'enfuir en courant de peur mais n'était pas rassurée pour autant. Sur le trottoir d'en face, des ouvriers transbabutaient des meubles jusqu'à un immeuble. Les deux protagonistes arrivèrent près d'une cité avec des buissons désentripaillés et mal entretenus. L'air qui s'écrasait contre le visage de Candice était glacial et humide. La lune au-dessus de leur tête était de toute beauté. Les immeubles défilaient et la cité était maintenant dans leurs dos. Nathan se retournait de temps à autre afin de voir si Candice le suivait toujours. Ils passaient près d'un bar qui laissait échapper une forte odeur de bière et où des hommes se disputaient.

Candice n'appréciait guère cette société. Après avoir dépassé un parking nauséabond et sombre, le couple s'arrêta devant un immeuble. Ils montèrent quelques escaliers et Candice se retrouva face à une porte. Nathan la regarda avec un sourire, ouvrit la porte et entra. La jeune femme entra à son tour et ce qu'elle vit la laissa sans voix.

 

 

Florence PLACIDE (UPEM - L1 Lettres Modernes - TD2)

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