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Elle m’avait vexé. Oser me parler de la sorte alors que je l’avais sauvée du suicide ! J’aurais mieux fait de la laisser crever, la sale peste. Je restai un long moment muré dans le silence à me repasser la scène qui venait de se produire et à essayer de la comprendre. Je venais à peine de rencontrer cette jeune femme et je me disputais déjà avec elle.
Je la regardais, lorsque je la vis bouger ses lèvres :
- Il commence à se faire tard, je me lève tôt demain matin. Je devrais peut-être rentrer chez moi ?
Je la regardai encore quelques secondes sans comprendre ce qu’elle me disait.
- Excusez-moi, je n’écoutais pas.
- J’ai dit que je devrais peut-être rentrer.
En consultant la vieille horloge accrochée au mur je me rendis compte de l’heure. Il était minuit passé.
- Oui, affirmai-je sans un regard.
Elle se leva, remit la chaise à sa place, me souhaita une bonne nuit et partit dans la nuit noire. On entendait seulement le bruit de la pluie fine tomber sur les carreaux et le bruit de ses pas se dissipant peu à peu au fur et à mesure qu’elle s’éloignait. Je sentis l’angoisse monter en moi, les souvenirs ressurgir… Je voulus ouvrir une bouteille de ce fameux bordeaux dont je venais de faire l’acquisition, quand tout à coup je pris conscience de la bêtise que j’allais encore faire si je remettais le nez dans cette fichue bouteille. Je prononçai ces mots pour me ressaisir :
- Allez Marcus, tu vaux mieux que cela. Repose cette bouteille et retourne la chercher !
Je posai la bouteille là où je l’avais prise et sortis en courant de la bibliothèque. La pluie continuait de tomber, mais je n’y prêtais aucune attention, je continuais de courir sans m’arrêter. A bout de souffle, je la vis au bout du chemin et l’interpellai :
- Joséphine, Joséphine, attendez je vous prie. Nous nous y sommes mal pris, s’il vous plaît, laissons-nous une chance d’apprendre à nous connaître. Qui sait ce qu’on pourrait apprendre l’un sur l’autre et qui sait, peut-être qu’une amitié pourrait naître. Je ne voulais pas vous offenser, s’il vous plaît, retrouvons-nous pour discuter lorsque vous aurez un peu de temps.
- Mais pour qui est-ce que vous vous prenez, vous pensez que nous vivons dans un monde de bisnounours, vous pensez que je vais vous raconter toute ma vie alors que je ne vous connais pas ! Vous êtes un beau rêveur!
D’abord je fus offusqué par ces propos, puis reprenant mon calme je lui répondis :
- D’accord, ne me racontez pas votre vie, mais je vous en prie, ne devenez pas comme moi. Parlez à quelqu’un ou écrivez ce que vous avez sur le cœur, mais ne laissez pas votre peine vous emmener dans les sombres profondeurs.
Je la vis me regarder, se retourner, puis partir sans un mot.

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  • Si vous voulez une suite plus optimiste, allez lire l'épisode 8.5.A

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Vicky MARTINON
Elève de 1 ES1 du lycée Emily Brontë
le 30 avril 2017

 

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